Chicago, de Alaa El Aswany

Publié le par djak

chicago.jpgChicago... un roman dense, difficile à refermer avant de l'avoir terminé, et qui constitue une entrée plus qu'intéressante dans la littérature égyptienne.

Chicago... une ville américaine gigantesque, au passé douloureux, qui se veut moderne, ouverte sur le monde, mais qui, finalement, reste enfermée dans des tensions communautaires extrêmes, palpables ou, pire, latentes.

La particularité de ce roman est de parler de l'Egype à distance, sans faire référence à des personnes ou des lieux égyptiens. Le centre du roman est en effet l'université de Chicago, qui accueille nombre d'étudiants et de professeurs égyptiens. L'auteur, El Aswany, a isolé plusieurs de ces personnages pour constituer les trames narratives de son récit. Tout d'abord, la jeune génération : Cheïma, jeune célibataire de 30 ans qui arrive tout juste à Chicago pour ses études ; Tarek, un autre étudiant, qui excelle dans son domaine, mais sans chercher à s'intégrer à la vie américaine ; Danana, étudiant médiocre, mais protégé par ses relations politiques en Egypte, et qui en joue pour faire planer sur ses compatriotes une autorité plus qu'abusive, même sur sa femme... A côté d'eux évolue une autre génération, arrivée plus tôt aux Etats-Unis : les professeurs Karam Doss, Saleh et Raafat. L'entrecroisement de ces destins d'hommes, de femmes, d'ancienne et de nouvelle génération donne au roman une profondeur remarquable, allant au-delà du simple constat sur les difficultés de l'intégration. Ici, les questions ne cessent de surgir et de violenter le lecteur en même temps que les personnages : comment s'intégrer à la vie étudiante, sans pour autant gâcher la chance d'étudier aux Etats-Unis, ou sans heurter sa foi religieuse ? Comment garder la tête haute et confiance en l'avenir, et comment se faire une place digne dans une société qui nous rejette, à cause de la couleur de notre peau ? Comment aimer sans porter atteinte à l'honneur familial ? Comment élever sa fille, quand on est déchiré entre les traditions égyptiennes, et la volonté de s'intégrer à la vie occidentale ? Comment servir son pays d'origine, sans tomber dans l'extrêmisme révolutionnaire ou dans la complaisance ? En réalité, une grande question résume tout cela : qu'est-ce que la fidélité ? La fidélité à des traditions, à un pays, à une famille, à une religion, à des valeurs, à son conjoint... ?

Le roman de Alaa El Aswany fait émerger tous ces questionnements progressivement, de plus en plus intensément, nous faisant entrer dans l'intimité des personnages, dans leurs interrogations, dans la violence qu'ils subissent, qu'ils font subir et se font subir à eux-mêmes également.

 

J'ai apprécié cette lecture, dont j'ai tourné les 200 dernières pages sans m'en apercevoir, et j'ouvrirai un nouveau roman d'Alaa El Aswany très rapidement, je pense !

Publié dans Littérature africaine

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mrs pepys 27/04/2010 10:07


Et zou ! une ligne de plus pour ma LAL.


djak 27/04/2010 12:12



ah, parce que t'as encore de la place, toi? (pour info, c'est Ana qui me l'a prêté)



Stephie 27/04/2010 07:49


Ah ah ah ! je sais que ce nom me dit quelque chose et que j'ai récemment noté un autre titre qui me faisait de l'oeil ;)


djak 27/04/2010 12:11



sans doute son premier roman, cité par plusieurs commentaires!



L'Ogresse 26/04/2010 19:17


Ca me tente bien, merci d'en avoir parle.


djak 27/04/2010 12:10



tu ne devrais pas être déçue!



Liyah 26/04/2010 12:00


J'aimerai beaucoup découvrir la littérature Égyptienne ! J'ai déjà note L'immeuble Yacouban de cet auteur dans ma LAL mais j'ajoute egalement celui-la ! Merci !


djak 27/04/2010 12:10



je vais essayer d'aller plus loin dans la littérature égyptienne. Je te tiendrai au courant de mes découvertes!



Véro. 25/04/2010 23:30


Je n'ai pas vu le film mais j'ai lu L'immeuble Yacoubian et c'est un vrai régal qui correspond vraiment à la société égyptienne : je te le conseille vivement.


djak 26/04/2010 09:52



C'est noté! je ne connais pour le coup pas du tout la société égyptienne et si tu me dis que ça y correspond bien, ça me confirme dans l'idée de poursuivre avec El
Aswany!