Le Fusil de chasse, de Yasushi Inoué

Publié le par djak

chasse.jpgQuel plaisir de lire à nouveau la prose si poétique de Yasushi Inoué… et dans un genre que je n’avais pas encore fréquenté avec lui : l’épistolaire.

Trois lettres forment en effet le cœur de ce petit ouvrage… Court, mais d’une intensité et d’une beauté rares. Une vraie perle japonaise ! Trois lettres, donc, de trois femmes différentes, toutes liées par le même destinataire, toute liées par la connaissance du même drame, celui d’un amour passionné, mais interdit, qui a conduit l’une d’elles au suicide. Il y a d’abord la lettre de Shoko, une jeune femme qui a découvert la terrible trahison de sa mère. Vient ensuite la missive de Midori, épouse méprisée, et méprisable. Surgissent enfin les mots de Saïko, la maîtresse, obsédée par son amant, obsédée par sa faute, par ce qu’elle nommera sans cesse son « péché ». Tout ce récit est écrit avec des mots simples, mais d’une pudeur et d’une vérité intenses, qui marquent les esprits, qui nous font pénétrer, une nouvelle fois, dans l’intimité de personnages touchants, parce que ordinaires, parce qu’éprouvant les mêmes sentiments, les mêmes angoisses que nous.

Une nouvelle fois, Yasushi Inoué a su me conquérir et c’est définitif, je suis fan !


Un passage, tout de même, extrait de la lettre de Saïko :

« C’est pourquoi, au-delà de la mort, ma vie demeurera présente dans cette lettre jusqu’à ce que tu en aies achevé la lecture. Dès l’instant que tu l’auras ouverte, que tu auras commencé à la lire, tu y retrouveras la chaleur de ma vie. Et pendant quinze ou vingt minutes jusqu’à ce que tu en aies lu le mot final, cette chaleur se répandra dans ton corps entier, elle emplira ton esprit de toutes sortes de pensées, comme elle le fit du temps que je respirais encore.

Quelle étrange chose qu’une lettre posthume ! Même si la vie enfermée dans cette lettre ne doit durer que quinze ou vingt minutes, oui, même si cette vi dit avoir cette brièveté, je veux te révéler mon « moi » profond. Aussi effrayant que cela paraisse, je sens bien, maintenant, que de mon vivant je ne t’ai jamais fait voir mon « moi » véritable. Le « moi » qui écrit cette lettre est mon moi, mon véritable « moi »… » (p.66)

 

D'autres titres de Yasushi Inoué :

Le maître de thé

Histoire de ma mère

 

 

Et hop, un troisième ouvrage pour le challenge :

challenge-In-the-mood-for-Japan

Publié dans Littérature japonaise

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Liyah 12/09/2010


Un livre qui est dans ma PAL depuis bien longtemps ! Tu me donnes envie là !


Véro. 17/09/2010


Le genre épistolaire n'est pas celui que je préfère...