Monstrueux, de Natsuo Kirino

Publié le par djak

monstrueux.jpgMonstrueux de Natsuo Kirino est un roman foisonnant, dont la lecture m'a laissée à la fois désorientée et conquise.
Désorientée, car l'éditeur en fait un "thriller". Or, à aucun moment je n'ai senti l'aspect policier prendre à ce point le dessus et à aucun moment le terme de "suspense" ne me paraissait approprié pour évoquer le roman : pas de réelle enquête policière, pas de multiplication des suspects, des pistes... Mon attente a donc été trompée, et ce n'est jamais vraiment agréable. Vous êtes donc prévenus!
Et pourtant... j'ai été conquise, parce que ce roman est riche, déborde même, des problématiques, des hantises de la société japonaise actuelle qui pourrait être l'entité à qualifier de "monstrueuse".

Le début du récit est d'emblée déroutant : si le lecteur a l'impression qu'une enquête s'ouvre sur la mort de Yuriko et Kazue, deux prostituées tuées sauvagement, il se laisse vite emporter par la narration à la 1ère personne, du point de vue de la soeur de Yuriko, pour effectuer un retour dans le passé et comprendre comment un "monstre" de beauté comme Yuriko, angélique et aimée de tous, a pu tomber dans la prostitution, tout comme Kazue, directrice-adjointe compétente et reconnue d'une grande entreprise japonaise.
Si enquête il y a, elle a davantage pour but de dépouiller la société japonaise de ses faux-semblants, de son aspect paisible et uni, qui masquent une réalité toute autre, sordide et oppressante. Le récit expose crûment les exigences de cette société, ses conventions, sa hiérarchie figée dont les influences se font même ressentir dans les lycées les plus protecteurs ; il dévoile les souffrances, les humiliations et les interrogations quasi existentielles de la narratrice, mais également de Yuriko, de leur mère, de Kazue,... Car c'est là une autre richesse du roman que de multiplier les points de vue, les récits, les extraits de journaux intimes qui constituent autant de versions des mêmes événements, des mêmes quêtes d'identité sociale et individuelle. Quelques parcours masculins nous sont livrés, en particulier celui de Zhang, un chinois clandestin accusé des deux meurtres, dont le témoignage m'a presque donné la nausée tant la rencontre avec la misère chinoise et les combats quotidiens des paysans pour fuir le pays a été violente.

Néanmoins, le point névralgique du recueil demeure les femmes et leur place dans la société japonaise. Un flot de questions demeure à la fin de la lecture : comment la femme peut-elle trouver un équilibre dans cette société? Où s'arrête le rôle de la fille, de l'épouse, de la femme d'affaire, de l'amante, de la prostituée ? Une femme ne peut-elle donc accepter et faire reconnaître sa féminité qu'en devenant une prostituée?

...

Je pourrais continuer ce billet encore longtemps, tant ce roman fait surgir d'interrogations et de malaise, mais je vous laisse le découvrir par vous-mêmes!


Publié dans Littérature japonaise

Commenter cet article

mrs pepys 28/03/2010 16:58


Poule échange Traque contre Monstrueux...


djak 29/03/2010 07:01


Accordé! Bientôt!!!


Stephie 28/03/2010 16:41


Ton avis attise ma curiosité !


djak 28/03/2010 18:43


on n'en finira jamais, de remplir nos PAL... et en même temps, c'est ça qui est si bon!


mrs pepys 22/03/2010 22:53


Eh bien, tout met l'eau à la bouche !


djak 23/03/2010 06:48


je te le prête quand tu veux ma poule!