Six mois six jours, de Karine Tuil

Publié le par djak

 

Tuil.jpgEt on continue dans la lecture des nominés au Goncourt des lycéens, avec un livre qui m’est arrivé entre les mains sans que je le veuille vraiment, grâce aux échanges entre profs ! Il était en effet très mal placé dans ma liste, et en fait, il aurait été très dommage de passer à côté de cette narration haute en couleur et d’une verve décapante !


Ce que j’ai trouvé amusant, assez vite durant ma lecture, c’est le décalage entre l’histoire qui défilait devant mes yeux, ou en tout cas mon ressenti, et la 4ème de couverture. J’ai dû plusieurs fois me référer au texte de présentation de l’édition pour être sûre de l’avoir bien compris au départ. La 4ème de couverture, ne vous y trompez pas, ne rend pas compte, à mes yeux, de l’originalité et de la saveur de ce texte. Elle met au centre du récit d’une part Juliana, cette riche héritière entraînée dans une histoire d’amour passionnée, mais dupée par son amant, et d’autre part son illustre famille, les Kant, dont l’obscur passé durant la seconde guerre mondiale resurgit brutalement.

Et pourtant… la voix que l’on entend le plus, par-dessus toutes les autres, le personnage qui se détache le plus savamment, parmi tous ceux qui croisent notre route, c’est bien Karl Fritz, le conseiller spécial de la grande famille Kant, renvoyé depuis peu, et qui se décide à en raconter tous les secrets à une romancière venue l’interviewer.

Ce roman est donc, pour moi, celui de cette rencontre entre le témoin et l’écrivain. La voix du narrateur, Karl, est savoureuse de cynisme, d’ironie, de verve : dans sa manière de présenter les personnages, les lieux et les faits, mais également dans ses adresses fréquentes à l’écrivain venue l’écouter, et dont on n’entend jamais la voix. On se rend vite compte, à mesure du récit, que le conseiller invente, imagine, brode autour des événements dont il n’a pas toujours pu être le témoin. Mise en abyme donc avec la réalité mise en fiction par l’auteur Karine Tuil qui s’inspire fortement des scandales de la famille Klatten (qui possède Varta et BMW),  puis la transformation de cette 1ère fiction par celle du personnage Fritz, qui lui donne tout son mordant, malgré le drame historique et personnel que le roman dévoile peu à peu.

Car le roman est structuré en deux parties : la première évoque l’aventure passionnelle de Juliana Kant avec le ténébreux Braun, trop beau pour être vrai ; la seconde convoque le passé de la famille Kant, ses accointances avec Hitler et Goebbels et la fortune qu’elle a amassée durant la guerre.

Si je devais qualifier ce récit, je dirais qu’il est véritablement vivant : par la diversité de ses personnages (le séducteur, la famille intouchable, l’épouse délaissée, le conseiller aigri…), de ses tonalités (lyrisme amoureux, tragédie de la guerre, humour acide…), de ses péripéties…


Tout ça pour dire que pour l’instant, il est en tête de mon classement ! (PS : mes élèves n’ayant pas connaissance de mon blog, il n’y a pas de risque que j’influe sur leur jugement… manquerait plus que ça !)


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langlais 04/03/2011 17:15


Je regrette mais cette histoire s'inspire largement du roman de Tobie Nathan "qui a tué Arlozoroff"


clochette 13/11/2010 19:32


J'ai moi aussi bcp aimé ! Je viens de le finir. Dommage qu'il n'ait pas eu le Goncourt des lycéens (auquel je n'ai pas accroché).


Liyah 24/09/2010 19:18


Il me tente bien celui-là !


djak 28/09/2010 23:02



Je crois que je n'ai pas les mêmes goûts que mes collègues. J'aime le trash, pas eux... gloups!



Véro. 23/09/2010 21:50


Plus ça va et moins je lis les 4e ... je serai d'ailleurs curieuse de savoir qui les fait et comment ?


djak 24/09/2010 16:37



moi aussi car elles me déçoivent de plus en plus... ou deviendrais-je de plus en plus exigeante?



irrégulière 22/09/2010 14:20


En effet, spontanément, je ne suis pas attirée, mais ce que tu en dis donne envie de réviser mon jugement !


djak 24/09/2010 16:36



Si à l'occasion, tu le trouves, n'hésite pas à en parcourir les premières pages, pour te faire ton idée!