Syngué sabour (pierre de patience) de Atiq Rahimi

Publié le par djak

syngue.jpgVoilà un récit dont la force et la beauté m'ont véritablement ébranlée...

 

Syngué sabour met en scène une épouse qui veille son mari, plongé dans un coma profond suite à ce que l'on comprend avoir été un attentat dont il était l'acteur. Ce récit suit une progression par étapes, durant lesquelles la tension ne cesse de croître, poussant le lecteur à poursuivre pour voir, pour comprendre : d'abord, nous assistons au désespoir de l'épouse priant pour le réveil de son mari et se lamentant à propos des conditions de vie qu'elle doit endurer avec ses deux filles, alors que les coups de feu et les bombardements se poursuivent ; mais peu à peu, le lecteur voit émerger une parole moins conventionnelle, plus personnelle, plus libre, et même révoltée, par laquelle la femme retrace son parcours, de son mariage avec un inconnu au moment où il a sombré dans l'inconscience. Les rancunes, alors, éclatent, en même temps que nous sont rapportés les humiliations, les brimades et l'immense sentiment de solitude qui ont marqué sa vie.

 

Au centre de ce récit, donc, les relations entre la femme et l'homme, que ce soit l'époux ou le père : quelle place pour la tendresse, l'intimité, le partage, le contact physique, la violence, l'avenir, le passé...? Syngué sabour se place du point de vue de la femme, certes, mais une femme qui ne fait que s'interroger, condamner puis hésiter, revenir sur ses propos, tant sa situation de femme seule, inédite pour elle, est déstabilisante.

En parallèle, la question du pouvoir de la parole est posée dans ce récit, de manière étonnamment poétique, dans ce contexte de guerre civile : la parole peut-elle être libératrice ? Et à quel point ? Syngué sabour, la "pierre de patience" qui écoute, permet-elle de se soustraire au poids du passé, des traditions, de la culpabilité ?

Enfin, le récit impressionne par l'écriture qu'il met en oeuvre : atmosphère feutrée, intimiste, où l'on partage l'angoisse de la femme ; importance des moindres bruits, annonciateurs, peut-être, du réveil de l'époux, ou de l'intrusion de factions armées dans la ville ou l'appartement. Mais, je tiens à le souligner, ce récit a aussi pour particularité de ne pas nommer de lieu, de pays, de caste précise. Il s'ancre certes dans un pays musulman, en pleine guerre civile, mais sans donner plus de détails, si bien que l'histoire de cette femme peut accéder, à mon sens, au statut de symbole...

Publié dans Littérature africaine

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Véro 19/04/2010 20:17


Un sujet intéressant : je note le titre.


djak 19/04/2010 20:43



Et ce qu'il y a de bien, c'est qu'on n'est pas dans la caricature de la femme opprimée par le mari ***, on est dans de l'humain juste (ou juste dans
l'humain), ni tout blanc, ni tout noir et c'est assez appréciable. 



Leiloona 19/04/2010 13:06


Il est sorti en poche ? Je le note, suite à ton billet.


djak 19/04/2010 17:13



Oui! je l'ai trouvé la semaine dernière, au hasard de mes déambulations dans les rayons de la librairie!



Stephie 19/04/2010 09:28


Lu l'an dernier, il m'avait beaucoup touchée ;)


djak 19/04/2010 17:12



Son ambiance ne m'a pas encore quittée... c'est très perturbant!



lagrande stef 18/04/2010 12:25


je le note , il a l'air très intéressant


djak 19/04/2010 08:30



il l'est vraiment! tellement que je pense aller à la recherche d'autres livres de l'auteur. D'autant que dans Syngué sabour, il écrit en français (langue d'adoption)
alors que dans les précédents, d'après ce que j'ai lu, il écrit dans sa langue natale.