Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphant, de Mathias Enard

Publié le par djak

Enard.jpgUn ouvrage qui fait du bruit, placé également dans la sélection Goncourt, que ce Mathias Enard… Et je comprends, même si ça n'est pas mon préféré…

Dans ce roman, l’auteur évoque la vie du grand Michel-Ange, à une époque où son succès n’était pas encore totalement acquis et où ses relations avec la papauté laissaient à désirer. Une lettre arrivée à point le prie de se rendre à Constantinople, où le sultan Bajazet a besoin de ses conseils avisés. Après quelques hésitations à se rendre dans un pays où la foi est contraire à celle de son protecteur, Michel-Ange se décide à en profiter pour prendre ses distances avec une papauté qui ne respecte pas ses engagements.

Là-bas, il découvre sa mission : imaginer les plans d’un pont entre Constantinople et Péra. Il découvre aussi, émerveillé, la beauté des lieux, les mœurs du pays et le charme de ses habitants. Au fil des très courts chapitres qui composent ce roman, comme des bribes d’intimité volées au hasard, le lecteur accompagne Michel-Ange dans ses promenades matinales, et nocturnes…, il assiste également, fasciné, aux réflexions du sculpteur, à ses contemplations, aux coups de crayon qu’il esquisse pour rendre compte d’une vision furtive de son imagination, aux difficultés qui l’étreignent au moment de la création, à l’émergence de l’inspiration et à son impossibilité à aimer…

En parallèle, d’autres voix se font entendre, en sourdine, toutes en délicatesse : celle du poète Mesihi qui sert de guide à Michel-Ange, et dont les vers viennent émailler le récit ; celle d’une chanteuse envoûtante dont s’éprend l’artiste, et qui lui rapporte, dans sa langue, les légendes de son pays, le berçant du doux rythme de sa voix.

 

Une parenthèse dans la vie d’un grand maître, voilà la manière dont je conçois ce récit. Une parenthèse, parce qu’il s’agit d’un projet annexe de Michel-Ange ; une parenthèse également dans la tonalité de l’écriture, délicate, onirique presque, qui se savoure davantage pour moi pour la beauté de ses mots et la douceur de son rythme, que pour l’originalité, indéniable certes, de l’histoire.

 

Quelques extraits, pour goûter cette narration incomparable :

« Laisse-toi faire. Oublie ta peur, profite de ce que je suis, comme toi, un morceau de chair qui n’appartient à personne sinon à Dieu. Prends un peu de ma beauté, du parfum de ma peau. On te l’offre. Ce ne sera ni une trahison, ni un serment ; ni une défaite, ni une victoire.

Juste deux mains s’emprisonnant, comme des lèvres se prennent sans s’unie jamais. » (p.31)

« Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l’amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s’accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de bataille, de rois, d’éléphants et d’êtres merveilleux ; en leur racontant le bonheur qu’il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l’amour, l’amour, cette promesse d’oubli et de satiété. » (p.66-67)

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Véro. 05/10/2010 21:25


Mmmmh, il ne me tente guère celui-là ...


djak 16/10/2010 11:52



c'est une ambiance particulière. De moi-même, je ne l'aurais pas lu.



Stephie 29/09/2010 09:47


Ce titre me tente beaucoup, ainsi que son précédent qui avait également beaucoup fait parler de lui


djak 30/09/2010 17:46



Il paraît, oui... mes collègues en parlent beaucoup en bien!



Lilibook 27/09/2010 13:25


je l'avais inscrit lorsque je l'ai vu dans les nouveautés de la rentrée


djak 28/09/2010 23:04



tu sais ce qu'il te reste à faire!



mrs pepys 26/09/2010 09:55


Celui-là, il faut absolument que je le lise !


djak 28/09/2010 23:03



tiens, ça ne m'étonne pas! je suis sûr que ça te plaira!



Anne Sophie 24/09/2010 21:35


j'ai adoré !!!


djak 28/09/2010 23:03